Le Poids de la Mésange
Installation comprenant : série de 5 sculptures, vidéo 4'16, poème pour performance orale
Novembre 2023

Le Poids de la Mésange, installation, série de cinq sculptures
Mésange charbonnière, 21g

Le Poids de la Mésange, installation, série de cinq sculptures
Mésange huppée, 13g
Le Poids de la Mésange, installation, série de cinq sculptures
Mésange nonette, 11g


Le Poids de la Mésange, installation, série de cinq sculptures
Mésange noire, 9g

Le Poids de la Mésange, installation, série de cinq sculptures
Mésange bleue, 10g
À la recherche de formes qui reprendraient la sensation d’un oiseau au creux de la main, Le Poids de la Mésange est une pièce en triptyque composée d’une série de 5 sculptures, d’une vidéo réalisée à deux mains et d’un poème pour interprétation orale.
Cette série de cinq sculptures reprend, pour chacune d’entre-elles le poids d’une espèce de mésange — de celles que l’on peut voir le plus couramment en France du fait de leur grande aire de répartition. Entre 9 et 21g les Mésanges huppés, nonnettes, noires, charbonnières et bleues apparaissent à travers de fines masses argileuses.
L’argile, par sa porosité naturelle, possède cette qualité singulière de pouvoir contenir ou relâcher des taux d’humidité élevés. Cette propriété permet de figer sa fluidité en une masse apparemment fragile. Ces variations de consistance s’accompagnent d’une modification du volume et de la masse de l’objet. Au contact de l’air, l’argile se rétracte, se compacte, perd en humidité et atteint progressivement une forme stable.
Dans Le Poids de la Mésange, ce processus est convoqué pour lier un geste de modelage à un geste d’équation : Pour atteindre, par exemple, les 21 grammes de la Mésange charbonnière, il faut façonner 24g d’argile meuble. Une fois rendu à l’air, l’argile perd environ 12,5 % de son humidité, évacuant dans un même élan, les quelques grammes qui la séparait du poids de l’oiseau.
24g – 12,5 % d’humidité = 21g de la Mésange charbonnière.
Le Poids de la Mésange, Vidéo 4’16, réalisée avec Laure Moulin-Giraud
Dans la partie vidéo de ce triptyque, c’est à travers la densité d’une ombre que l’oiseau se manifeste. L’ombre résiste, glisse, échappe, se transmet d’une main à l’autre. La caméra capte les hésitations du corps : ses mouvements de recul, de tension, de souplesse. Chaque geste cherche à retenir cette densité volatile au creux de la main, à en suivre les contours. Projetée sur les parois de la peau, l’ombre acquiert une épaisseur. Elle se fait dense. Sa présence se fait insistante. Sa masse devient palpable, elle devient le moteur de la manipulation, l’objet même d’une chorégraphie qui cherche la densité des ombres — à la manière d’un oiseau.
« sur le sentier qui longe le précipice,
le long du couloir Taillis
— là où la montagne s’incline, une seconde —
il pleut des oiseaux
il pleut des oiseaux comme s’il pleuvait du sens,
des avertissements,
des Dieux
une petite brise m’amène
la douceur piquante d’une plume grisée ;
je lève les yeux
les séries compliquées de fils fractales,
que les nuées de Chocards nouent dans l’air,
m’invitent ; à constater la violence pure des espaces
;
au loin ;
dans la distance, et depuis mes pieds ,
la montagne s’effondre
abrupte,
la roche, ici ,
a violemment été rompue ,
heurtée
;
à-pic, le sol est tombé
;
et aucune de ses roches ;
encore,
ne sourit
;
en vain ;
je fouille le ciel qui se dévoile
— ou se dérobe —
en étendue, à la surface
et dans l’intervalle des déséquilibres de mon corps
,
Il pleut des oiseaux, Poème pour interprétation orale, Le Poids de la Mésange, 22 avril 2024
quand la buée s’amenuise
et que les espaces se creusent
,
alors enfin
,
la fêlure se laisse entrevoir
;
plus rien ne vient rompre avec l’uniformité des masses d’air
qui portent la chaleur des sols
jusqu’en haut des sommets
;
manifeste,
l’oiseau,
dans sa ronde
— dans le frôlement continu de son corps mobile —
déclare l’espace
;
atone,
lui seul,
sait dévoiler l’air
;
je le soulevais avec les yeux,
tant il était léger
;
dans des intervalles de plumes
et de vide,
je sentis son poids,
posé dans l’air
,
répondant des courants qui le portaient,
et soudain,
ne le portaient plus »